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TASK FORCE SALUBRITÉ : APRÈS 4 MOIS DE BOUCAN ET DE VISIBILITÉ, KINSHASA TOUJOURS DANS LA BOUE, LE GRAND NETTOYAGE PEINE À DURER

TASK FORCE SALUBRITÉ : APRÈS 4 MOIS DE BOUCAN ET DE VISIBILITÉ, KINSHASA TOUJOURS DANS LA BOUE, LE GRAND NETTOYAGE PEINE À DURER

Lancée le 8 juin 2026 sous l’impulsion du Président Félix-Antoine Tshisekedi, la Task Force présidentielle chargée de l’assainissement et de la salubrité de Kinshasa avait pour ambition de s’attaquer durablement à l’un des problèmes les plus persistants de la capitale congolaise. Près de quatre mois plus tard, le contraste entre la forte visibilité de l’opération et la situation persistante de l’insalubrité sur le terrain pose une question centrale : les résultats obtenus sont-ils réellement durables ?


Le 8 juin 2026, Félix Tshisekedi présidait à la Cité de l’Union africaine la première réunion de la Task Force chargée de la salubrité et de l’assainissement de Kinshasa. Placée sous l’autorité directe du Chef de l’État et coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, cette structure devait notamment identifier les points critiques d’insalubrité, coordonner les opérations de terrain et mettre en place un plan spécial et permanent pour la capitale.


Quelques semaines plus tard, les « bâtisseurs » du Service national entraient massivement en action. Le 15 juillet, une vaste opération était lancée à Masina-Pascal, sur le boulevard Lumumba, avec pour objectif de dégager les emprises publiques, curer les caniveaux, évacuer les immondices et libérer certains espaces occupés anarchiquement.


Sur le terrain, les images étaient impressionnantes : des centaines de jeunes mobilisés, des artères nettoyées, des caniveaux curés, des espaces publics débarrassés des déchets. La visibilité de l’opération était incontestable.


Mais une opération de salubrité ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes déployées, aux camions mobilisés ou aux kilomètres nettoyés.


Elle se mesure surtout à ce que devient l’espace nettoyé plusieurs semaines ou plusieurs mois après le passage des équipes.


Et c’est précisément à ce niveau que les interrogations commencent à se multiplier.


Dès le mois d’août, soit moins de deux mois après le lancement officiel,six télévision posait déjà la question du bilan : les endroits nettoyés restaient-ils propres ? Les habitudes avaient-elles changé ? Et surtout, comment éviter que l’assainissement ne demeure une opération ponctuelle ?


Le 12 septembre, six tv rapportait également la réapparition des immondices sur des artères précédemment assainies par le Service national.


Plus récemment, le constat dressé par des acteurs de la société civile allait dans le même sens : dans certains endroits où les « bâtisseurs » étaient passés, les dépôts sauvages d’immondices réapparaissaient quelques jours seulement après leur intervention. Le problème identifié est donc moins celui de la capacité à nettoyer que celui du maintien permanent de la propreté.


UNE VILLE NE SE NETTOIE PAS UNIQUEMENT À COUPS D’OPÉRATIONS


C’est ici que se situe probablement le principal enseignement de ces premiers mois.


La Task Force a montré qu’il était possible de mobiliser rapidement des moyens humains et matériels pour nettoyer certains points noirs de Kinshasa.


Mais nettoyer n’est pas encore assainir.


Assainir signifie organiser la collecte régulière des déchets, assurer leur évacuation, empêcher la reconstitution des dépotoirs sauvages, entretenir les caniveaux, réglementer les marchés et les occupations des emprises publiques, sensibiliser les populations et surtout instaurer un mécanisme permanent de contrôle.


Sans cette chaîne complète, le risque est de reproduire le même scénario : une artère est nettoyée aujourd’hui, elle redevient sale quelques semaines plus tard, puis une nouvelle opération est organisée.


C’est le cercle vicieux qu’il faut désormais briser.


BEAUCOUP DE VISIBILITÉ, MAIS DES RÉSULTATS QUI RESTENT FRAGILES


La communication autour de la Task Force et du Service national a donné une forte visibilité à l’opération. Les images des « bâtisseurs » au travail ont largement circulé.


Mais aujourd’hui, le débat doit dépasser les images.


Combien de sites assainis sont toujours propres ? Combien de caniveaux curés sont entretenus ? Combien de dépotoirs sauvages ont définitivement disparu ? Quel système permanent de collecte fonctionne derrière les opérations de nettoyage ?


Ce sont ces indicateurs qui permettront de mesurer réellement l’efficacité de la politique d’assainissement.


Il serait d’ailleurs injuste de nier les efforts accomplis sur le terrain. Les interventions du Service national ont effectivement permis, dans plusieurs endroits, d’améliorer temporairement l’état des espaces publics. Les opérations se sont poursuivies notamment dans les districts de la Funa et de la Lukunga.


Mais un résultat temporaire ne peut pas constituer l’objectif final d’une politique publique qui se veut permanente.


IL FAUT REPENSER LE MODÈLE


Près de quatre mois après le lancement de la Task Force, le moment semble venu de passer d’une logique de « coups de propreté » à une véritable politique structurelle de salubrité.


Kinshasa a besoin d’un système qui fonctionne même lorsque les caméras ne sont plus là et lorsque les « bâtisseurs » ont quitté les lieux.


Il faut notamment clarifier les responsabilités entre la Task Force, l’Hôtel de Ville, les communes, les bourgmestres, les services techniques et les structures chargées de la collecte et du traitement des déchets.


Il faut également mettre en place un mécanisme de suivi de chaque zone assainie : qui entretient ? qui collecte ? qui contrôle ? qui sanctionne ?


Le déploiement annoncé de 750.000 poubelles publiques dans les 24 communes constitue également une piste importante, mais la société civile souligne déjà que leur efficacité dépendra d’un suivi régulier et de la capacité à maintenir les espaces propres.


LE VRAI TEST COMMENCE MAINTENANT


La Task Force n’a pas seulement la responsabilité de nettoyer Kinshasa.


Elle doit contribuer à construire un système qui empêche Kinshasa de redevenir sale.


C’est là toute la différence.


Le véritable succès ne sera pas de montrer une avenue propre pendant une journée ou une semaine. Le véritable succès sera de revenir au même endroit plusieurs mois plus tard et de constater que la propreté est devenue la norme.


Aujourd’hui, malgré les moyens mobilisés et la forte visibilité de l’opération, la persistance des déchets et leur réapparition sur certains sites précédemment nettoyés montrent que le défi reste entier.


Après près de quatre mois, il ne s’agit donc plus seulement de nettoyer Kinshasa. Il faut désormais repenser profondément la manière de la maintenir propre.


La capitale congolaise mérite mieux qu’une succession d’opérations ponctuelles.


Elle a besoin d’une politique permanente, coordonnée, contrôlée et évaluée.


Kinshasa ne doit pas seulement être propre après le passage des « bâtisseurs ». Elle doit le rester après leur départ.

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